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Comor tient ses promesses


C'est une propriété perdue au bout du chemin de la Persévérance, du coté de La Roquebrussane. Un cabanon aux volets rouges, presque anonyme. Le Domaine des Terres Promises commence ici, au coeur du massif de la Sainte Baume. C'est là que Jean-Christophe Comor a posé son baluchon en 2003 et que cet universitaire, nourri au lait de la République, élève désormais des vignes: vieux ceps de Carignan et de Grenache sur le plateau, jeunes pieds de Syrah, de Cinsault, de Roussane ou de Mourvèdre dans les restanques.
"Ce sont de belles terres. De beaux cailloux, raconte le néo-vigneron, reconnaissant. On est à 400 mètres d'altitude, ça donne aux raisins et au vin une très belle fraîcheur. Il y a toujours eu de la vigne par ici. Les romains la faisaient déjà pousser... Mais ces restanques, il a fallu les reconquérir. Défricher. Arracher des chênes sauvages, du genet, des arbousiers et de romarins immenses. Puis replanter les cépages d'origine. Ça a été une bagarre..."
A l'époque, Jean-Christophe campe sur ses terres, dors dans sa voiture ou chez ses parents du coté d'Aix et fait des aller-retours en TGV tous les mercredis pour s'occuper de ses enfants restés à Paris. Patiemment, à quatre pattes, il greffe sur place 2500 pieds à partir de vignes empruntées à un ami et avec pour tout bagage un Brevet de responsable d'exploitation agricole, passé sur le tard. Jeune agriculteur à 38 ans. Une révolution copernicienne.


Presque un sacerdoce...
"La vigne, dit-il aujourd'hui, je l'ai apprise avec un noeud dans le ventre et de grands moments de solitude. Ce travail physique, harassant, c'était sans doute pour moi une forme de rédemption, c'est vrai. Une punition, après des années gâchées. Moi, le citadin, le fils d'universitaire, j'ai dû apprendre à souffrir. Apprendre l'humidité, la mécanique, la nature. L'humilité... Mais aussi l'émerveillement. La vigne c'est le partage et un enracinement. Le raisin et la terre, eux, ne mentent pas".
Solitude, humilité, nature, vérité... Tout le contraire, pense-t-il, du monde duquel il vient de s'échapper. Car ce paysan militant, juché sur son improbable tracteur, est bien venu ici pour soigner ses désillusions: celles d'un jeune trentenaire perdu en politique.
"Plus de dix ans dans les bras d'une femme qui n'était pas de mon genre", plaisante-t-il en citant Proust.
Pendant treize ans, infatigable cheville ouvrière, il aura sillonné la France pour ses patrons: Séguin, Pasqua puis Chevènement. Des cabinets ministériels aux couloirs de l'Assemblée, des coulisses des partis aux meetings d'arrière-salle, ce bagarreur infatigable a tout vu. Tout fait. Il a créé des réseaux, dirigé des mouvements (Demain la France), monté une fondation (dite Marc Bloch) et pourfendu à grands coups d'éditos la "pensée unique", les "partis de candidats", la "démission des élites"... Avant de jeter l'éponge un certain 21 avril.

"Je n'en pouvais plus, dit-il aujourd'hui. Je n'y croyais plus. J'ai écrit un livre, comme on lance un pavé dans la vitrine.




Ce printemps-là, j'avais déjà décidé de tout larguer. De quitter le vain... Pour le vin".
De son passage en politique, il a conservé le goût du slogan et du mot qui frappe. Son premier cru, évidemment, il l'appellera l'"Antidote", parce qu'il est de ces vins avec lesquels on se soigne, justement. Un carignan 2004 pur sucre. "Un peu raide à l'époque", avoue-t-il, mais déjà prometteur. Viendra ensuite l'"Abracadabrantesque"...
"A cause du poême Rimbaud, pas du mot de Chirac", précise Jean-Christophe comme soucieux de chasser ses vieux démons.
Puis ce seront "L'alibi" et enfin l'"Apostrophe": un rosé "tout en fruit et en fraîcheur" que le journal Marianne, fidèle soutien de Jean-Christophe depuis ses années de militantisme politique, classe cet été dans son top 10, aux cotés des bouteilles de Gramenon ou des champagnes natures de la Maison Drappier.
"C'est ma fierté, avoue-t-il. Ce rosé, c'est un pressé de Cinsault, de Grenache et de Carignan. Un vin plein de matière, pas un rosé volatile comme on les fait souvent ici. Je suis content parce qu'avec les rouges, si la matière est belle, le plus dur est fait. Mais le rosé en Provence, c'est plus exigeant. On ne sait jamais ce qui va en sortir...".
Cette année, dans ses cuves à ciel ouvert (faute d'avoir encore les moyens de se construire un chai), Jean-Christophe s'essaiera au blanc: un assemblage de Clairette, de Rolle et de Carignan blanc. Rosé, blanc, rouge... Il aura ainsi recomposé les trois couleurs de sa nouvelle patrie.
"Je ne sais pas si j'ai trouvé ma voie, conclut-il en jetant un oeil à ses dernières parcelles de Mourvèdre, fraîchement retournées (ci-dessous à droite). Je cours. Je ne dors plus, encore moins qu'avant... Mais au moins j'ai le sentiment d'être dans le vrai.


En matière de vigne, si on travaille dans la vérité du caillou (Jean-Christophe travaille en bio mais déteste le mot "terroir", ndla), on produit forcément quelque chose d'authentique et donc, qu'on le veuille ou non, quelque chose d'unique. Et ça, ça me plaît".
Ainsi va la nouvelle vie du citoyen Comor, sur les 13 hectares du Domaine des Terres Promises, dans le paysage sublime de la Sainte Baume. Sa femme et ses trois enfants l'ont rejoint. Comme on ne se refait pas, il descend parfois donner des cours à Sciences Po, en bas, du coté d'Aix. Et il continue, jour après jour, à s'émerveiller de la "pureté de ce que peut vous offrir la nature".


Six ans après son "coup de tonnerre" personnel, il semble heureux, en somme, d'avoir enfin trouvé un Domaine qui tient toutes ses promesses.


MARDI 24 JUIN 2008 : extrait du http://levindemesamis.blogspot.com/
Ecrit par Laurent Bazin



L'avis de Luc:
Fierté de ce vigneron cultivé, l'alibi est effectivement une très belle bouteille.
Vous savez, cette quille qui peut à la fois ravir les copains heureux de la partager mais aussi le plus exigeant des dégustateurs et qui montrera une fois de plus que le rosé si souvent décrié peut faire partie de ces flacons à émotions.
Fraîcheur (j'adore le petit perlant) droiture, fruit et minéralité; vous l'avez compris cet alibi est en béton!

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