EXTRAIT DU VIAMICHELIN par Emmanuel Tresmontant http://www.viamichelin.fr
Un paysage de rêve À 14 km au sud de Chambéry, Chignin est tapi au pied des hautes falaises calcaires du massif des Bauges. Ce joli
village savoyard de moins de 800 habitants est repérable de loin grâce à sa chapelle du 19e s. dédiée à Saint-Anthelme et à sa tour du 14e s. qui surplombe la vallée. À 372 m d’altitude, Chignin offre surtout un panorama fantastique sur l’un des plus beaux sommets de la Chartreuse,
le mont Granier, dont une partie s’effondra en 1248 à la suite de pluies diluviennes. Cette catastrophe géologique est restée ici dans toutes les mémoires, car 5000 habitants furent écrasés et
ensevelis au pied du mont. La masse des rochers éboulés forme, depuis cette date, une sorte de chaos baptisé « abymes de Myans » dont les sols
riches en fer ont, au fil des siècles, donné naissance à deux crus réputés de Savoie : celui d’Abymes et d’Apremont. Hélas, ces terroirs de premier ordre n’ont pas à ce jour été exploités à leur
juste mesure !
Des vins encore confidentiels, à découvrir ! Avec ses coteaux composés d’éboulis calcaires exposés au sud et protégés des vents froids, Chignin est aujourd’hui le
digne ambassadeur des vins de Savoie grâce, notamment, à son très parfumé Chignin-Bergeron.
Ce vin blanc sec, puissant et de longue garde est issu d’un noble et aromatique cépage de la vallée du Rhône : la
roussanne. Avec leur nez de fleurs blanches, de prune et de pêche, leur bouche fraîche et soyeuse dont la finale évoque l’abricot et l’amande, les Chignin-Bergeron de Gilles Berlioz sont d’une
richesse vraiment enthousiasmante ! Figurant à la carte de tous les restaurants étoilés de la région, ils font aussi partis des rares vins de Savoie ayant conquis un public international, au même
titre que la Mondeuse des frères Trosset à Arbin et la Roussette de Noël Dupasquier à Jongieux. Il faut dire que Gilles Berlioz est un personnage. En 1990, ce fils d’ouvrier hérite de son père une petite vigne
familiale de 80 ares. À l’époque, il travaille comme paysagiste dans une entreprise régionale. Peu à peu, la passion du vin le prend, il acquiert d’autres parcelles sur Chignin et, préférant se
limiter à 3,5 hectares, décide d’abandonner la culture conventionnelle au profit d’une agriculture 100% biologique.
« Au fil des années, j’ai pu observer les changements provoqués par ce type de culture : les sols sont devenus plus
vivants, les racines se sont mises à plonger plus profondément et les vignes ont gagné en force et en résistance. Tout cela se retrouve au final dans les vins que j’élabore ! »
Un travail de fou qu’il exécute seul, tout au long de l’année. Gilles ne fait en effet confiance qu’à lui-même pour
labourer ses vignes, les désherber à la main, les tailler, les ébourgeonner, les effeuiller et les soigner à base de décoctions de plantes… Avec 30 hectolitres à l’hectare (ce qui représente 4 à 5 grappes par pied de vigne), Gilles Berlioz réalise les
rendements les plus bas de Savoie, la moyenne tournant ici autour de 70 hl/ha. Les vendanges sont bien sûr manuelles, les pressurages lents (de 4 à 6 heures) et les vinifications totalement
naturelles (sans ajout de levures exogènes, de sucre ni d’acide). Pour l’élevage de ses vins qui dure 9 mois, Gilles doit se contenter pour le moment de cuves en fibre de verre
faute de pouvoir s’offrir des fûts de chêne neufs... La mise en bouteille se fait au début de l’été, suivant les prescriptions du calendrier lunaire, et les flacons sont stockés un an au frais
avant d’être mis en vente.
Gilles Berlioz produit également des vins blancs vifs et limpides à base de jacquère et d’autres plus épicés, aux
arômes de cire d’abeille, à base d’altesse, qui bénéficient de l’appellation «Roussette de Savoie».
Pour ce qui est des vins rouges, les vignes de mondeuse plantées par Gilles n’ont commencé à produire qu’en 2008.
Encore donc peu complexes, ses vins sont d’ores et déjà remarquablement concentrés, avec un nez de fruits noirs franc et naturel, une bouche très fraîche et désaltérante à souhait
!
L’avis de Luc : Très remarqué lors de l’édition 2009 de « VINS NATURE EN NORD » les vins de Gilles Berlioz en ont bluffé plus d’un
! A mettre qualitativement en concurrence avec quelques grands blancs dont la diffusion est moins confidentielle.
Accords gastronomiques très nobles avec les Chignin Bergeron.Puissance aromatique et complexité sont au rendez-vous. Très très étonnant ! J’étais bien loin de penser qu’on pouvait faire aussi bon en Savoie.Bravo, Bravo et Bravo…