Domaine Haut-Campagnau - Dominique ANDIRAN
Le 7 Février 2008,Laurent Bazin dans son
rôle de découvreur de talent publiait ceci sur son blog:http://levindemesamis.blogspot.com
Asterix en Tariquet
Tout commence par un petit message laissé sur un site d'adeptes du vin bio. Un mail, presque touchant, posté un beau soir de 2007, comme on lance
une bouteille à la mer :
"Bonsoir, est-il écrit, je viens de découvrir votre association (les vins naturels, ndla) et du fond de ma Gascogne, je ne pensais pas que ça
existait. J’essaie avec mes petits moyens depuis 2001 de travailler mes quelques barriques de cette façon là. J’aurais aimé être membre. Acceptez-vous d’autres vignerons, quels sont vos critéres
pour adhérer ? Merci de me répondre. Je m’appelle Dominique ANDIRAN, du domaine Haut Campagnau à Montréal (32)."
L'histoire ne dit pas si il lui a été répondu.
Elle raconte bien en revanche le besoin de renfort (et de réconfort?) de ces vignerons qui, chacun sur leur bout de terre, à travers le pays, tentent de faire du vin sans sacrifier aux standards et aux normes. Selon des méthodes qui font débat.
Parfois vivement... Cercles, forums, associations, réseaux amicaux... Plus ou moins tranquilles, plus ou moins radicaux. Parfois un brin sectaire? Tout est bon, en tout cas, pour se sentir moins
seul.
Intrigué, je cherche donc notre Robinson sur le net.
Andiran... Haut Campagnau... Clic...
Je découvre vite l'homme et ses 18 hectares (ci-dessus fin janvier), coincés entre de très grands de l'Armagnac et l'impressionnant Chateau
Tariquet. Des hectares cultivés en bio entre des alambics centenaires et le plus grand domaine viticole d'Europe... Un journaliste ne pouvait pas rester totalement insensible à un si beau
"cliché".
Un clic de plus et voilà notre Asterix des coteaux Gascogne, tel qu'en lui-même, accent du Gers et grand sourire interrogé, par les confrères de
bkwine (voir vidéo plus bas):
"Moi je suis un vigneron, explique-t-il. J'aime beaucoup passer du temps dans les vignes. Je suis d'abord éleveur de raisin. Après si le raisin a
été bien élevé, le vin, ça marche tout seul".
Au loin, on imagine la rumeur des machines qui se relaient sur le millier d'hectares du
Chateau Tariquet (photo de droite). Le cliquetis des dix millions de bouteilles qui sortent chaque année de ses chais: "Un projet industriel mais cohérent, m'a prévenu l'ami Jean-Baptiste, ça se
respecte". Ici tout le monde, Dominique Andiran compris, reconnaît qu'en relançant le domaine il y a 25 ans, le "copain Grassa "a réveillé le Gers". Il a ressuscité le vin dans cette région où
l'Armagnac faisait figure de Dieu unique. Mais tout de même... Quel choc des cultures !
Chez les Andiran, pas question de ces techniques qui ont fait le succes industriel et commercial du voisin. Les uns travaillent des Chardonnay,
Chenin ou Sauvignon qui font leur fortune à l'export, rachètent des milliers d'hectares en Roumanie. Les autres, au contraire, s'apprètent à passer de 18 à 8 hectares. Ils sortent à peine 20.000
bouteilles par an. Et s'ils ne s'interdisent rien (Chardonnay, Merlot), ils préfèrent plonger profondément dans les racines du cru. En dix ans, Dominique Andiran, ancien moniteur de voile
reconverti dans le vin, a replanté certes... Mais beaucoup de ces vieux cépages gascons aux noms oubliés : Colombard, Manseng, Muscadelle et autres Petits Courbus.
Et il cultive à l'ancienne...
"Je suis un feignant, m'expliquera plus tard Dominique. C'est le raisin qui fait le boulot. On va travailler avec des levures indigènes. Jouer avec
les lunes pour les soutirages et les mises en bouteille (selon les méthode des la bio-dynamie, ndla)... Parce que lorsque la lune descend, l'attraction terrestre est plus importante. Donc la
matière est attirée au fond. Comme ça, je ne tire que du clair. Ca évite le collage et les filtrations. Moi, je veux le moins d'intervention possible pour laisser la nature s'exprimer. Après, ce
que j'ajoute, c'est une fermentation longue en barrique : jusqu'à 2 ans, selon les vins."
Et au delà des polémiques, le résultat est là...
Surprise : ce bougre de gascon a même ses fans. Sur Lapassionduvin, entre une dégustation de Tariquet justement et un Uby 2004, son "Soyeux
d'Hiver" (15 euros) déchaîne l'enthousiasme d'un connaisseur. Le raisin, explique-t-il est récolté de la Toussaint à Noël, par vendanges successives. Il est ensuite pressé dés que la température
descend sous zéro pour garder toute l'eau du fruit, selon la méthode des ice-wines. Une merveille me confirme Jean-Baptiste Senat.
Plus loin, aux cotés d'un grand nom de l'Armagnac, c'est son "Montis Regalis" (5 euros) qui suscite l'admiration du très germanique reporter du
Stern. Un clic encore, sur le Monde.fr , et c'est son "Magnus" (5 euros) qui fait à son tour le régal d'un critique gastronomique.
Dominique Andiran raconte dans un éclat de rire que "ce vin de picole", il l'a fait sur commande, pour son ami Bernard Daubin (à gauche), le chef
de Montreal-du-Gers. C'est son fameux "petit rouge qui vient réveiller les papilles".
A ceux là, il faudrait ajouter le "Ruminant des vignes", une vendange mûre de Gros Manseng, sèche comme un coup de trique et vieillie en barrique
pendant deux ans. Il faudrait aussi dire un mot de ce "Pissenlit" qui rappelle diablement un vin jaune du Jura. Mais c'est une autre histoire. Et une preuve de plus qu'en fait de Robinson, notre
gascon est bien loin de vivre sur une île déserte...
LA DESCRIPTION TECHNIQUE DE SES VINS PAR DOMINIQUE ANDIRAN
Mon vignoble :
Superficie totale : 18 ha
Je travaille sur 3 sites :
Commune de Lauraet : 12 ha , terroir essentiellement argilo calcaire
Cépages : Colombard, Ugni Blanc, Gros manseng , Petit manseng
Commune de Montréal : 1 ha 30 , terroir terre brune et argilo calcaire
Cépages : Chardonnay , Muscadelle , Petit courbut
Commune de Beaumont : 5 ha , terroir argilo calcaire limoneux
Cépages : Sauvignon Rose, Muscadelle, Petit courbut, Petit manseng, Gros manseng,
Merlot, Tannat, Cot Cabernet franc
Ma méthode de travail :
Agriculture biologique , avec l'association des plantes telles que l'ortie, la préle, la
fougère, l'écorce de chêne et quelques huiles essentielles : citrus, lavandin, palma rosa
Deuxiéme année de conversion officielle , mais travail avec cette méthodologie depuis 2003
.
Un gros travail avec le calendrier lunaire.
Pour le travail du sol, ainsi que les vendanges, pour la partie oenologique,je suis sur des
vins natures, pas de levures, pas d'enzimes, pas de collages, pas de filtrations sauf
sur les moelleux, et une trés grosse réduction sur le SO2.
Vins Blancs secs:
Vain de Ru 2008 : assemblage; colombard 50%, ugni blan20%, muscadelle 10%, petit courbut 10%, sauvignon gris 10%
Terroirs : argilo calcaire, argilo calcaire graveleux
Montis Régalis 2007 : 50% chardonnay, 50% ugni blanc
Terroirs : terre brune pour les chardonnay, argilo calcaire pour les Ugni
Ruminant des vignes 2006 : 100% Gros manseng
Vendanges tardives fin novembre ( 3 et 4 tri les derniers)
Terroir : argilo calcaire
Fermentation barrique : durée entre 18 mois et 36 mois
Vin Rouge
Magnus 2007 : 80% merlot, 20% tannat
Terroir : argilo calcaire graveleux
Macération à froid sur une durée de 8 jours à 6, aucun remontage, uniquement de 1 à 3
piégeages pendant la macération, dés le départ en fermentation plus aucune intervention.
L'avis de Luc :
C'est vrai que Dominique a quelque chose d'Astérix.Si vous vous posez encore quelques questions sur cette notion de partage et d'osmose entre la
nature et le vigneron alors venez discuter avec Dominique Andiran.
Pour vous citer une anecdote, l'année dernière alors j'avais appris que les grives lui avait mangé une moitié de la récolte à venir, j'appelle
notre homme pensant trouver un vigneron sinon catastrophé au moins perturbé, quelle ne fut pas ma surprise de m'entendre dire et ce le plus calmement du monde: "C'est la nature il faut savoir
partager"…
Les vins de Gascogne sont évidemment peu connus et je ne peux que vous inviter à venir goûter ces petits trésors.